« Il faut moderniser et changer les mentalités. » Bourguiba en avait fait une mission : pour lui, le redressement du pays passait d’abord par le redressement moral du citoyen. Des décennies plus tard, la Tunisie a multiplié les campagnes de sensibilisation : ne pas jeter ses déchets, ne pas griller les feux, stationner correctement, respecter l’espace public...
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| Et si chaque citoyen devenait un partenaire de la loi ? |
Le résultat est sous nos yeux. Les trottoirs restent encombrés, les feux rouges restent facultatifs pour certains et les sacs plastiques et bouteilles vides ornent toujours nos routes. Il faut avoir le courage de le dire : le citoyen qui n’est pas encadré ne devient pas civique tout seul. Pendant que nous attendons qu’il change, c’est la vie de ceux qui respectent la loi qui se dégrade.
Le civisme ne doit plus être une simple option. Il doit être imposé, mais intelligemment : en le rendant rentable pour ceux qui le pratiquent et coûteux pour ceux qui le méprisent.
Ce qui marche ailleurs
À New York, depuis 2017, le citoyen qui filme un camion stationné moteur allumé touche 25 % de l’amende. Résultat : 160 000 infractions signalées en 2025, alors que la ville n’en verbalisait que quelques centaines par an auparavant. En Corée du Sud, les signalements citoyens par vidéo ont fait chuter les accidents de 45 % sur les points les plus dangereux. En Chine et en Italie, des systèmes de « points de civisme » récompensent les comportements vertueux par des avantages concrets.
L’idée n’est donc pas utopique. Elle est déjà testée. Outre le fait que l'administration doit disposer de ses propres moyens pour relever les infractions et les abus, il faut s'aider des citoyens.
Le Passeport civique : comment ça marche
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| Les bons comportements rapportent des points, les points rapportent des avantages. |
L'administration doit développer son propre système automatique de détection des infractions, avec des caméras et des radars. Ce système ne suffira pas à lui seul : il doit être complété par un Passeport civique. Le Passeport civique repose sur une application officielle et sécurisée, accessible à tous sur smartphone. C'est sur cette application que le citoyen s'inscrit, signale les infractions et suit son solde de points. Le principe est simple : celui qui respecte la loi y gagne, et celui qui l'enfreint en paie le prix.
Ce système pourra ainsi permettre de:
1. Signaler et être récompensé. Le premier citoyen qui signale une infraction, via une application officielle, reçoit une part de l’amende effectivement payée, en argent, une fois l’infraction validée par un agent assermenté.
2. Gagner des points par sa conduite. Chaque période sans amende routière ou municipale, avec des impôts déclarés et payés à temps, rapporte des points. L’administration fiscale transmet cette information de façon sécurisée. Le bénévolat, le don de sang ou le nettoyage du quartier rapportent aussi des points.
3. Dépenser ses points. Ils s’échangent contre une réduction sur la vignette ou la taxe municipale, des abonnements de transport, un traitement prioritaire dans les démarches administratives, l’entrée dans les musées et les sites, ou une baisse de l’amende en cas d’infraction.
4. Payer en cas de faute. Le contrevenant qui dispose de points paie une partie seulement de l’amende, mais perd une partie de son solde. Celui qui n’est pas inscrit paie l’amende entière, et le signalant touche sa part.
Les commerces peuvent aussi y participer : un café qui garde son trottoir propre et respecte l’occupation de la voie publique obtient un label et une réduction de taxe locale.
Signaler aussi les défaillances de l’État
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Le citoyen signale aussi ce que l’administration ne fait pas. |
Le système ne doit pas faire du citoyen le seul surveillant de son voisin. Il doit aussi lui permettre de signaler l’administration défaillante : égout qui déborde depuis des semaines, nid-de-poule jamais réparé, ordures non ramassées, agent impoli ou absent de son poste.
Chaque signalement est horodaté, géolocalisé et suivi publiquement jusqu’à sa résolution pour ce type de signalement car il touche à la collectivité. Le délai de traitement devient un indicateur de performance pour la municipalité et pour chaque administration. L’exigence vaut dans les deux sens.
Des garde-fous indispensables
- Inscription volontaire au Passeport civique, mais les sanctions s’appliquent à tous.
- Seules les infractions constatées officiellement sont retenues.
- Aucun classement public. Diffuser publiquement l’image d’une personne en infraction est soi-même passible de signalement et de sanction.
- Protection du signalant. S’il est agressé ou harcelé par le contrevenant, par exemple par un voisin, la sanction est fortement aggravée, en plus des peines prévues par la loi.
- Lutte contre la fraude. Un faux signalement ou une infraction provoquée coûte des points et une amende. Un indice de fiabilité accélère les signalants sérieux et suspend les abusifs.
- Points valables sur une période limitée (deux ans par exemple).
- Plateforme sécurisée, identité des parties protégée, floutage par défaut, recours possible devant l’INPDP.
- Transparence. Publication annuelle des amendes encaissées par le ministère des Finances et par les municipalités, et de leur répartition.
Commencer par une ville pilote
| L’objectif : un espace public que chacun a intérêt à respecter. |
Le dispositif peut être testé pendant un an dans une seule municipalité, avec une évaluation publique, avant toute généralisation. La part municipale des amendes pourrait être réinvestie dans les quartiers où les infractions reculent : éclairage, trottoirs, espaces verts.
Nous n’avons plus le luxe d’attendre que chacun devienne vertueux par conviction. Ne punissons pas plus fort : rendons le civisme rentable. Le reste suivra.
NB: Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle. Les images sont des Illustrations générées.




Merci pour cet article stimulant et j'espère que l'administration tunisienne dispose des ressources humaines et techniques suffisantes pour traiter un flux massif de signalements sans créer un nouvel engorgement bureaucratique 🤦🏽♀️
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